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Dans le cadre de mesures urgentes pour compenser notre empreinte carbone, scientifiques, politiques, associations et autres fondations se mobilisent à l’unisson pour apporter des solutions rapides et concrètes. On estime que 0,9 milliard d’hectares pourrait être reboisés sur Terre sans empiéter sur les villes ou terres agricoles. Cette reforestation permettrait probablement d’absorber 205 gigatonnes de carbone. Le challenge est ambitieux et passionne désormais le monde entier. Néanmoins, le réchauffement climatique, la pollution de l’air ou encore les pesticides imposent des choix stratégiques qui divisent souvent la politique internationale. Par ailleurs, le temps ne joue pas forcément en notre faveur. La forêt amazonienne, par exemple – appelée communément « le poumon vert de la planète » – absorbe moitié moins de CO2 par an que dans les années 1990 (soit un milliard de tonnes de CO2) selon une étude parue dans Nature en 2015. Enfin, tous les arbres ne se valent pas et il est délicat d’opposer biodiversité et climat. Comment s’organise ce combat acharné contre nos dépenses énergétiques planétaires ? Pour y répondre, je vous invite à un rapide Tour du monde. One, Two, « Tree », c’est parti !

Plantations et forêts : on ne joue pas sur la même branche !

Nous nous confrontons visiblement aujourd’hui à un problème de vocabulaire. Pour prendre un raccourci facile, la plantation ne serait que l’arbre qui cache la forêt. « Remettons les choses en place », précise le botaniste Francis Hallé dans une tribune du quotidien Le Monde du 15/08/20 et faisons le distingo entre les deux. Si pour chacun d’entre eux, on trouve des arbres les uns à côté des autres, il s’agit en fait de deux ensembles naturels très différents. Pour ce botaniste qui n’use pas de la langue de bois : « Ne prenons plus des plantations d’arbres pour des forêts ! ». 

Une forêt s’étend sur des centaines, voire des milliers d’hectares. Elle abrite une grande diversité végétale et animale. Les nouvelles plantations ne peuvent, par définition, avoir été nourries par le temps et ne mélangent pas les jeunes avec les vieux. Or, la force d’une forêt réside justement dans la richesse de son patrimoine générationnel, son arbre généalogique à elle. C’est ainsi que des arbres jeunes, d’autres en pleine croissance et des bien plus vieux se côtoient depuis des décennies ou des siècles entretenant un cercle vertueux et bénéfique pour leur écosystème. Cette mixité nous rappelle encore une fois combien le Biomimétisme entre l’Homme et son environnement s’applique. Dans leur propre intérêt, tous deux sont contraints à optimiser l’harmonie des générations, le tronc commun entre la nature et l’humain.

Si les jeunes pousses semblent ne pas être de taille pour exploiter pleinement le processus de photosynthèse, bien trop enthousiastes et fiers de sortir leurs premières branches, c’est dans leur phase de pleine croissance qu’ils déploieraient leur plus grande capacité à absorber le CO2, selon l’avis de l’ensemble des écoles de sciences forestières françaises.

Les résineux, comme les Douglas ou les Épicéas, ont une croissance rapide. Ils vont donc être en mesure de transformer rapidement le dioxyde de carbone pour en faire du bois. Planter de nouveaux arbres apparait donc une excellente idée ! À l’inverse, les feuillus, comme les hêtres ou les chênes, ont une croissance plus lente, mais vivent plus longtemps. Ils seront donc moins productifs en termes de captation de CO2 dans leurs premières années de vie, mais resteront efficaces grâce à leur longévité et continueront malgré tout de séquestrer le carbone jusqu’à leur dernier souffle. Pour capturer le carbone, nous constatons que tous les arbres entretenus sont efficaces, quand bien même ils n’ont pas tous la même capacité d’absorption au même moment.

Molo Molo !

Sous l’effet des mesures gouvernementales, les campagnes de reforestation se multiplient à une vitesse folle, notamment avec un certain succès de la démarche de compensation carbone volontaire. Cette frénésie inquiète certains scientifiques, car un reboisement massif pourrait demain être nocif à la biodiversité, remettant même en péril l’espoir d’un impact significatif de changement climatique. En 2016 déjà, rappelons que la course au reboisement était quasiment devenue un sport national. L’État indien d’Uttar Pradesh avait fait la prouesse de planter 50 millions d’arbres en une seule journée. L’Inde a ensuite embrayé en mobilisant 1,5 million de volontaires pour planter 66,7 millions d’arbres en seulement 12 heures ! En Juillet de la même année, l’Éthiopie a planté 350 millions d’arbres en 24h. Mais où va-t-on ? Gardons à l’esprit qu’en fonction des conditions de pluviosité et du taux d’échec naturel, seul un petit pourcentage de ces arbres atteindra l’âge adulte et rempliront alors pleinement leur rôle de capteur de CO2. 

Pendant ce temps-là, en Sibérie, des milliers d’hectares brûlent, tout comme au Canada, au Groenland ou en Alaska. Alors oui, savoir que des efforts de reforestation et des puits de carbone se multiplient, réchauffent le cœur et nous apporte une lueur d’espoir. En 2015, le Pakistan a replanté 1 milliard d’arbres, dont 42 essences différentes. Le Brésil ambitionne de replanter 73 millions d’arbres d’ici 2030 pour parvenir à restaurer 12 millions d’hectares de forêt tropicale et respecter ainsi ses engagements dans les accords de Paris. Enfin, soulignons que l’Australie serait suspectée par certains de Greenwashing, un stratagème à la mode dans le marketing pour blanchir son image, usant pour cela d’initiatives environnementales médiatiques et appliquant un comportement responsable.

Les arbres ne suffiront pas !

Face au raz-de-marée d’initiatives salvatrices, mais brutales en faveur de la compensation carbone, la Terre et la nature ne sont certainement pas prêtes à digérer de telles amplitudes de transformation, que ce soit dans un sens, comme dans l’autre. Le reboisement massif doit impérativement tenir compte des aléas climatiques et pas seulement d’un planning politique ou d’un plan de communication. Dans l’empressement, l’enthousiasme, le challenge et l’urgence, certains gouvernements optent pour des solutions radicales que la planète va devoir supporter au forceps. D’autres, comme la France, s’orientent vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, ainsi qu’à une réduction de leur empreinte vis à vis de la consommation de leurs citoyens. Fort heureusement, l’effet papillon de la reforestation va contribuer à enrayer l’érosion des sols, à fixer et à stocker le carbone. Une question reste donc fondamentale et légitime : faut-il s’évertuer à planter de nouveaux arbres ou tenter de maintenir l’existant ?

Si l’on ne fait rien pour arranger les choses, le réchauffement pourrait dépasser les 4°C d’ici à 2100, selon le scénario le plus pessimiste du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Au-delà, les conséquences de ce réchauffement pour l’homme seraient dramatiques et irréversibles.

On ne rebâtit malheureusement pas la nature en un seul clic, surtout après une telle claque, comme on bâtit une ville sur SimCity. Néanmoins, ce sont justement dans les villes de demain que des solutions de compensation carbone volontaire pourront être mises en place de façon pérenne. Les architectes des Smart Cities travaillent déjà sur des biofaçades, grâce à l’algoculture et les effets miraculeux des micro-algues. Ces fermes verticales promettent de compenser toute l’énergie produite par les futurs bâtiments. Des projets, comme ceux des architectes français Anouk Legendre et Nicolas Desmazières (XTU), valorisent cette approche vertueuse et nourricière dans l’architecture du XXIe siècle. Conjointement à cet élan créatif et ingénieux, les Cleantech apportent des solutions alternatives ou complémentaires aux arbres. 

Parmi elles, les Micro-algues pourraient parfaitement et efficacement créer de nombreux puits de carbone. De nombreuses Start-Ups, comme la société Planctonid® en Bretagne ou encore Bioalgae I+D, ont parié sur l’infiniment petit pour résoudre des problèmes infiniment grands. Elles s’appliquent à lutter contre l’eutrophisation des eaux marines et côtières en produisant de la biomasse de micro-algues de qualité, l’or vert de demain. Grâce à cette biomasse de phytoplanctons, de nombreux secteurs d’activités bénéficient déjà de leurs bienfaits : l’alimentation animale et même humaine (sous forme de compléments alimentaires comme la célèbre Spiruline), les pharmaceutiques, les neutraceutiques, les cosmétiques et enfin l’environnement, avec une capacité incroyable pour capter le carbone et d’autres polluants qui circulent dans l’air par un procédé de photosynthèse. Pour démonter la puissance des micro-algues, il faut savoir qu’un seul hectare de photobioréacteurs Planctonid® équivaut par exemple à 181 hectares de forêt. Ce ratio démontre le potentiel époustouflant de ces organismes identifiés par les plus grands experts et futurologues comme solution pertinente pour résoudre les problèmes de nutritions dans le monde, mais aussi lutter très efficacement contre le réchauffement climatique.

Demain, c’est nous, mais surtout les jeunes !

En France, Julien Denormandie, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, souhaite sensibiliser les jeunes et les impliquer dans le reboisement et le repeuplement de nos forêts. L’objectif est d’associer les écoles et l’Éducation Nationale au projet, comme le font déjà certaines associations locales sur des programmes de replantation de haies pour préserver la biodiversité. Ce sont eux effectivement qui vont hériter de la responsabilité de cette mission de sauvetage amorcée par nous. Ils devront poursuivre nos efforts, en même temps que réparer nos erreurs. Des programmes visant le « Zéro émission nette » sont déjà en marche ! La France devrait replanter 50 millions d’arbres pour repeupler ses forêts. Entre l’inexorable déforestation qui ravage nos forêts et cette prise de conscience collective, nos jeunes vont inéluctablement devoir composer et improviser.

Souvent présenté comme la réponse parfaite, le reboisement ne fera pas pour autant des miracles, car au-delà des arbres supprimés, ce sont aussi des écosystèmes qui ont été fragilisés ou détruits. Il faudra des décennies pour retrouver un équilibre correct, avec l’obligation d’économiser les ressources d’eau qui se font de plus en plus rares et composer avec les humeurs du ciel. Un bon forestier répondra à cela qu’il a pour mission de gérer des forêts, un écosystème, des coupes, de nouvelles plantations et veiller à une régénération naturelle. Même récente, une forêt entretenue absorbera toujours plus de carbone qu’une ancienne forêt laissée pour compte. Chaque arbre a un rôle à jouer et un avenir qui lui est propre dans un cycle bien pensé. En forêt, l’être humain n’a qu’un second rôle. Il doit se contenter de la contempler ou de l’exploiter avec soin et modération pour le bois, le gibier, les plantes médicinales et autres ressources. Les forêts tropicales abritent quant à elles des ethnies forestières si diversifiées, qu’elles en sont leurs meilleures gardiennes. Elles assurent un cycle d’autosuffisance équilibré et vertueux.

Pour guider les plus grands producteurs de CO2 en France, L’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) préconise cinq règles de bonnes pratiques pour être digne du label « Bas Carbone » remis par le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire.

Ces cinq règles de bonne conduite sont :

– Règle n°1 : faire et rendre public un bilan des émissions GES, réductions et compensations

– Règle n°2 : choisir des projets de compensation labellisés

– Règle n°3 : privilégier des projets présentant des approches « développement durable »

– Règle n°4 : définir une juste combinaison de projets soutenus sur le sol national et de projets soutenus à l’international

– Règle n°5 : communiquer de manière responsable

Avant toute action de compensation, l’ADEME recommande bien entendu d’éviter et réduire ses émissions, selon le principe de séquencement suivant : éviter, réduire et compenser. Forcément, si je réduis, j’aurai moins à compenser. Si j’évite, j’aurai moins à réduire. Si je compense, c’est que je n’ai peut-être pas été suffisamment vigilant, certes, mais je suis désormais responsable et ça va changer beaucoup de choses. « Mieux vaut guérir que mourir », une variante du dicton un peu plus sombre que l’original, mais qui a le mérite de répondre à une problématique bien réelle.

Favoriser une forêt de vieux arbres serait occulter l’avenir. À l’inverse, il semble guère envisageable de se débarrasser des vieux arbres pour ne planter que de jeunes pousses. La nature est bien faite et mélange d’elle-même les essences et les âges. Un modèle de sagesse et d’intelligence dont nous devrions nous inspirer à plusieurs niveaux. Un arbre ne pouvant survivre sans bactéries, champignons ou micro-organismes essentiels à la vie du sol, il est important d’avoir une vision globale dans un projet de reboisement, même modeste et local. Il a été démontré qu’une seule cuillère à café de terre de jardin pouvait contenir jusqu’à près d’un milliard de bactéries, de mycélium, de protozoaires et autres organismes vivants microscopiques. Une hétérogénéité qui résulte de la pédogenèse, mais également de la présence de végétaux via leurs racines. L’Homme n’est pas le seul à pouvoir posséder un Microbiote, les végétaux (et donc les arbres) également. Enfin, l’équilibre fragile et merveilleux d’un écosystème dépend aussi de la présence d’animaux qu’il faut intégrer dans cette équation complexe. Quand nous parviendront à harmoniser ces ensembles ensemble, alors nos efforts porteront évidemment leurs fruits.

Mille Milliards et Gigatonnes résonnent dans tous les médias

Planter des arbres pour sauver la planète, c’est la solution la plus populaire, soutenue par Jean-François Bastin et Thomas Crowther, chercheurs à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (Suisse). Ils ont calculé qu’il nous faudrait 1200 milliards d’arbres supplémentaires, soit 900 millions d’hectares de forêt, qui viendraient s’ajouter aux 2,8 milliards d’hectares actuels. Sans êtres humains, il y aurait 5800 milliards d’arbres sur Terre. À coup de révolutions industrielles et au nom du « progrès », notamment, nous aurions réduit ce nombre de moitié, résignés à devoir nous contenter aujourd’hui de 3000 milliards d’arbres environ. Il en manquerait donc 2800 milliards qui seraient de toute façon impossible à replanter faute de place prises par l’agriculture et l’urbanisation.

Bonne nouvelle, nous pouvons en replanter suffisamment pour absorber les deux tiers des 300 Gigatonnes de carbone émis dans l’atmosphère par les humains depuis le XIXe siècle. Les forêts actuelles en stockent déjà 400 Gigatonnes. La quête ultime est de capturer le CO2 que nous avons déjà émis grâce à la compensation carbone volontaire, en plus des efforts de réduction à faire, bien entendu.

Ces deux scientifiques ont analysé les forêts actuelles au niveau planétaire, ainsi que le climat et le sol qui pourraient accueillir les futures pousses. La moitié des zones reboisables sont concentrées dans six pays seulement : Russie (151 millions d’hectares), États-Unis (103 millions), Canada (78 millions), Australie (58 millions), Brésil et Chine. L’Europe n’est pas en reste et la France apparaît comme un bon élève, même si pour Thomas Crowther, la majeure partie de l’Europe devrait être une énorme forêt.

Les arbres sont une des solutions d’avenir, mais ne suffiront pas pour atteindre la neutralité carbone de façon durable. Les biotechnologies, et notamment les micro-algues, peuvent faciliter notre conversion écologique, tout comme l’Atlas des synergies productives peut favoriser la résilience de l’industrie. Par ailleurs, cette vision de synergie industrielle territoriale pourra empêcher de futures pénuries de puces électroniques, comme en ce début 2021.

Louis Aragon disait dans « Le Fou d’Elsa », que la femme est l’avenir de l’homme. La forêt semble à présent être l’avenir des deux. Puissions-nous rapidement revenir à un point d’équilibre et reconstruire sur notre Planète bleue, plus de zones vertes pour revoir la vie en rose…