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La reconversion professionnelle est une solution attrayante pour beaucoup d’entre-nous depuis quelques années. Non seulement des dispositifs sont prévus pour faciliter ces changements de carrière, mais mieux encore, nous y sommes préparés psychologiquement, car c’est dans l’air du temps.

Mais voilà, « être prêt » ne signifie pas « Oser » ! Notre zone de confort est autant une prison dans laquelle on peut s’enfermer toute une vie – quitte à ne plus s’épanouir dans notre travail et à le subir chaque jour – qu’un élan pour tourner un chapitre et en ouvrir un autre. On ne parle donc plus de tourner une simple page, mais d’ouvrir un nouveau chapitre dans notre vie. Marilyne Merle connaît déjà bien les tenants et aboutissants de la reconversion professionnelle, puisque cette ancienne architecte diplômée en d’urbanisme a laissé ses plans et ses crayonnés pour devenir un jour éleveuse de Chèvres Angora à Mareuge, petit hameau du Vernet-Sainte-Marguerite dans le Massif du Sancy.

Aujourd’hui, c’est-à-dire 12 ans après cette envolée, ses ailes se déplient encore pour survoler le Net, un univers virtuel aux antipodes de sa casquette agricole. Le lien n’est cependant pas tout à fait rompu, car elle conserve sa Boutique Mohair et va continuer de maîtriser la transformation de sa matière première. Il serait peut-être plus juste d’évoquer une évolution, une remise en question plutôt qu’une reconversion, mais les univers sont tellement opposés, que le terme n’est pas si osé…

Finis la pelle, la fourche, les biberons, les seringues, les coupe-ongles « Spécial bovidés », car Caprin, c’est fini bel et bien. Jusqu’ici, elle était essentiellement son propre fournisseur de laine Mohair (avec 2 tontes par an sur son cheptel de 60 chèvres) qu’elle faisait transformer sous forme de rubans, des mètres de toisons présentés sous forme de grandes laies. Dorénavant, elle se fournira auprès d’autres éleveurs, toujours français, toujours labellisés « Mohair des Fermes de France » et donc toujours garants d’une qualité supérieur de laine Mohair. La seconde grande révolution de cette évolution est la gestion d’une boutique en ligne comportant tous ses rayons et presque tout le stock de sa boutique réelle, située à 30 minutes seulement de Clermont-Ferrand.

Se reconvertir, c’est retrouver l’énergie d’apprendre à nouveau !

À mille années lumières des réseaux sociaux, d’une administration de CMS (c’est quoi un CMS ?), d’une réflexion eMarketing et d’une foultitude d’aspects techniques, Marilyne a embrayé sa métamorphose professionnelle avec brio. Formée directement par le concepteur de sa boutique en ligne pour être totalement autonome sur la gestion de son site eCommerce, Marilyne sait désormais gérer toute seule les pages de sa partie Blog et de sa partie Boutique. Cela sous-entend de gérer son stock en ligne, ses promotions et tout le déroulé d’une commande en ligne avec son lot d’emails transactionnels (confirmation de la commande, réception des paiements et expédition).

Être eCommerçant, c’est aussi apprendre à faire à promouvoir sa boutique sur les réseaux sociaux, notamment – en ce qui la concerne – Facebook et Instagram. Là encore, une formation est indispensable. Mon passé de concepteur de sites internet, d’expert en eRéputation et en WebMarketing m’ont permis de la mettre sur la bonne voie.

Comment vendre à distance un produit sensoriel ?

Le Mohair, ça ne s’explique pas, ça se touche, point barre ! Fort heureusement, le Net permet de palier en partie à cette problématique Virtuel / Réel. La qualité des photos, la clarté des textes composant les fiches produits et les aspects plus pédagogiques pour parler de son métier côté Blog sont ses nouveaux atouts. Il faut aussi ajouter à cela une notoriété sans faille depuis 12 ans que l’on appelle la réputation. Ses années de vendeuse traditionnelle dans sa boutique à Mareuge et sa présence régulière au sein des petits marchés de producteurs locaux ont ancré dans la tête de ses clients une image très positive des produits signés « Au fil de la Monne ». De nombreuses clientes lui commandent chaque année, et depuis toujours, des articles à distance quand elles ne peuvent pas revenir dans le Sancy. Bien sûr, jusqu’ici, c’était par téléphone ou par email, à l’ancienne. Marilyne est donc déjà coutumière des envois de colis, le Graal et l’étape finale d’un eCommerçant.

Valoriser son produit, c’est savoir le mettre en valeur. Qui de plus légitime qu’elle-même pour porter l’étendard de sa Boutique Mohair et en devenir son effigie ? Marilyne s’est donc prêtée à l’exercice délicat du Shooting photos face à mon objectif. C’est avec une aisance déconcertante que cette éleveuse s’est improvisée mannequin pour son propre compte. Mission accomplie, les photos transmettent bien la douceur de cette fibre noble et naturelle et l’esprit Bohème-Chic qu’évoque le Mohair. Les vêtements sont mis en situation, c’est-à-dire portés, et en extérieur, pas en studio.

eCommerçante, eMarketeuse, Community Manager, quels défis pour une ancienne éleveuse de Chèvres Angora !

Il faut avoir la capacité, l’énergie et la motivation pour se jeter à l’eau et sortir de sa zone de confort. Sortir de sa zone de confort pour continuer à vendre du confort, voilà sa première motivation. Ses articles, Marilyne en répond et maîtrise évidemment toutes les facettes de la fabrication. Experte en Mohair, créatrice de vêtements, tricoteuse, ancienne éleveuse, vendeuse en boutique à Mareuge et en ligne, Marilyne cumule suffisamment de connaissances pour en faire bon usage dans sa nouvelle vie professionnelle.

« Les aspects techniques ne sont plus des contraintes quand on est motivée », m’avoue Marilyne. La vente en ligne permet en plus de se remettre en question sur l’art de vendre ses produits. Avant, mon « discours commercial » se limitait essentiellement au fait que les clients touchaient le vêtement. Ce seul contact avec la matière déclenchait la vente, reconnaît-elle. L’exercice est moins aisé aujourd’hui, mais c’est en cela que Marilyne y puise un nouvel épanouissement. Que serait la satisfaction de soi sans fournir le moindre effort ?

Jour après jour, notre éleveuse en apprend toujours un peu plus sur le nouvel aspect de son métier. Si ses produits restent les mêmes et sont toujours vendus de façon traditionnelle dans sa petite boutique, ils s’exportent désormais bien plus loin avec son site eCommerce, touchant une nouvelle clientèle qui n’a jamais mis les pieds en Auvergne.

Future propriétaire d’un gîte dans le Sancy

« Tant qu’à sortir du train-train, faisons ça bien ! », a dû se dire Marilyne. C’est ainsi, à l’heure où j’écris ces lignes, qu’elle vient de lancer les fondations de son futur gîte, un hébergement voué à accueillir les touristes toute l’année dans la Vallée de la Monne.

Quasiment accolé à sa boutique Mohair, ce gîte aura une ossature bois et du en bois local. Il sera construit dans une parfaite démarche écologique. Destiné à trois personnes maximum, il comportera toutes les caractéristiques d’un petit nid douillet, moderne et confortable. Son p’tit nom est d’ailleurs déjà trouvé : « Le Nid de la Monne ». Il permettra aux voyageurs de séjourner dans le Massif du Sancy l’espace d’un week-end ou d’un séjour plus long, et d’être au cœur des plus belles pépites naturelles de l’Auvergne.

eCommerçante aujourd’hui, puis actrice touristique demain (ouverture prévue courant hiver 2022), Marilyne ne fait pas les choses à moitié. Reconversion, évolution, création, Marilyne a de quoi amorcer sa révolution individuelle professionnelle. Puisqu’il est important de donner un sens à sa vie, fort est de constater que son passé d’architecte lui sert aujourd’hui pour son projet de gîte. C’est elle qui a dessiné les plans, qui gère les (lourdes) formalités administratives et qui fait office de maître de chantier. Son passé d’éleveuse constituera toujours un formidable atout pour continuer de faire grandir sa boutique Mohair, car elle sait de quoi elle parle bien sir et les panneaux pédagogiques dans sa boutique sont bien là pour refléter ses compétences passées et présentes. Enfin, sa passion pour la randonner, l’amour de son territoire et de la nature donnent également du sens à son projet d’hébergement.

La morale de l’histoire, s’il en fallait une, est peut-être de continuer de croire qu’une petite Fée veille sur nous quand tout semble nous sourire, alors que de façon bien plus objective, notre vie s’écrit tout simplement comme on le souhaite, à condition d’oser, le Maître-Mot d’une reconversion réussie !